(Ouagadougou)
Ils sont jeunes, branchés. Ils ont pour passion commune, la musique rap. Presque dans l'indifférence, ils égrènent chaque jour les chapelets de leur ras-le-bol, de leurs revendications à travers des chansons bien rimées. Avec la prolifération des groupes dans tout le pays, on aurait tort de croire que c'est juste un fait de mode. Ces "momes" souvent ne demandent qu'une seule chose. Que l'on prête attention à ce qu'ils disent. Surtout s'ils le prennent comme l'expression d'une frustration.
Aujourd'hui, on peut animer plus de deux heures durant avec la musique burkinabè. Cette profession de foi de Kam Said Fatogoma, animateur à Canal-Arc-en-ciel est symptomatique de la nouvelle donne musicale au Faso. A côté des "anciens", des jeunes décidés à casser la baraque "émergent". La rupture est quasi totale dans la thématique, la prestation scénique, le look, etc. Ils s'appellent 3e Régiment, Escadron des 1200 logements, Negr-amers, Clepto gang, Wemteng Clan, Commandos five, etc., tous des noms évocateurs. Des sobriquets pour "faire peur et se faire remarquer", selon Kam Said. Autres caractéristiques, les rappeurs burkinabè sont vraiment jeunes. Ils ont entre 15 et 25 ans.
Rarement, ils dépassent les 30 ans. Ils sont élèves, étudiants, mais également mécaniciens, gardiens de parkings". De3, voire 5 groupes l'été dernier, nous avons cette année plus de cent groupes", affirme Gérard Koala de Vision future. Et le mouvement est loin de s'estomper, insiste celui que ses camarades considèrent comme un "mister" dans le milieu. En réalité, le rap burkinabè a pris ses galons dorés ces vacances. Les connaisseurs estiment qu'il se positionne dans le camp du rap Soft. Bien opposé donc au Hard qui a cours aux States. Le rap colle à son étymologie, avoue Abdel Walil Bara, ancien rappeur, étudiant en 2e année de sociologie à l'université et reconverti en promoteur. "To rap", dit-il veut dire secouer en anglais. Selon lui, le rap dont les sources remontent au 18e siècle, a pris corps dans le bronx et le phénix. C'était une façon pour les "negro" de manifester leurs mécontentements face à leur situation de non droit. Pour se faire remarquer, les "frères" noirs le soir venu, allument un feu à côté des grosses barriques et secouaient la cité. Plus de deux siècles après, à Ouaga, Bobo, Fada, Kaya, Ouahigouya, Banfora..., les jeunes rappeurs qui ont pris le relais se font entendre. Mais autrement. Leur look, tricots, grossess chaînes, baskets, pantalons suffisamment amples sont si visibles qu'il leur est difficile de passer inaperçus. En plus de cet accoutrement vestimentaire insolite, il y a la façon de se saluer. On ne se sert pas la main, mais on croise les poings. "Une façon de dire, nous sommes ensemble, pour le même combat dans un même destin", selon Bara.