“Parole d’honneur”, premier album solo de Didier Awadi : Cent états d’âme !

S’il n’a pas sa langue dans sa poche comme on dit, Didier Awadi l’a dans son microphone. Et cela fait forcément des échos. En musique. Cela donne “ Parole d’honneur ” ou, si vous voulez, “ kaddu gor ” en Wolof. C’est le titre du premier album solo produit par le rappeur du Positive Black Soul. Il a fallu attendre douze ans, après la création de ce groupe avec Doug-E-Tee, pour voir un produit qui porte sa seule empreinte. La cassette a été présentée hier après-midi à la presse, à la Pyramide Culturelle du Sénégal (PCS). Le tee-shirt à l’effigie de Che Guevara, le verbe dépouillé, Didier Awadi donne aux mots la force de profession de foi. Le rappeur a de grandes ambitions pour l’Afrique, son Afrique. Pour le Sénégal, son Sénégal. Dans le titre “ Neye Leer ” (transparence), dont le clip passe à la télé depuis quelque temps, il clame tout haut que “ la corruption est le sport national ”. Un morceau d’actualité. Awadi a fait tchatcher, en free-style, et sur le même thème, douze rappeurs. “ J’ai un grand frère, Me Mame Adama Guèye, président du Forum Civil et représentant de Transparency International, qui allait lancer une campagne anti-corruption. Cela tombait bien. Et c’est lui-même qui a financé la réalisation du clip réunissant des artistes avec qui je voulais faire quelque chose depuis longtemps ”, explique Didier, assis aux côtés de son compère du PBS, Doug-E-Tee, pour montrer que leur groupe se porte bien.
Il ne veut pas se circonscrire dans l’espace national. A son avis, l’Afrique et le Sénégal sont deux entités qui ne font qu’une. Et son discours s’inspire, pour l’essentiel, du bulletin de santé de ce continent. La dette, les coups d’Etat, le patrimoine dilapidé, la crise vécue par les jeunes, sont autant de boules de plomb dans les ailes de son continent qui a du mal à décoller. Awadi a aussi mal. Mal de voir tant de dirigeants réduire à néant les espoirs de lendemains meilleurs. D’ailleurs, un des titres porte le titre “ Njiit ” (le dirigeant).
Son profil de dirigeant modèle ? Il ne voulait, d'abord, pas trop personnaliser son propos. “ Chacun a ses imperfections ”, dit-il. Mais, dans un second temps, il a dévoilé ses préférences. C’est surtout une question de comportement, avertit-il. “ Il ne doit pas être quelqu’un qui parle trop, qui ne vienne pas tout le temps dire ce qu’il faut faire. C’est peut-être quelqu’un comme Thomas Sankara. Pourquoi Sankara ? Parce j’ai trouvé qu’il avait une vision claire de ce qu’il voulait faire pour le Burkina Faso. Ceux qui ont séjourné dans ce pays en ont une preuve. Il y a aussi le Malien Amadou Toumani Touré, le Ghanéen Jerry Rawlings ou le Sud-Africain Nelson Mandela ”, explique-t-il.
PANAFRICANISME ACTIF
Tout est donc question de comportement. Et Didier Awadi reste convaincu que l’Afrique n’est pas “ démunie, mais désunie ”. Il reprend, en chanson, la formule prononcée par l’écrivain Cheikh Hamidou Kane (l'auteur de "L'Aventure ambiguë") au cours d’une interview accordée, il y a quelques années, au magazine “ Démocraties ” (qui n'existe plus). Dans “ Le patrimoine ”, il chante, très clairement : “ Le patrimoine n’existe plus / on l’a dilapidé… ”
Dans cette même chanson, il passe en revue les relations Nord-Sud, Sud-Sud et la “ Françafrique ”. Le mal perdure. D’une époque à l'autre, les mêmes questions de mal vivre torturent de jeunes Africains. A preuve, de la composition du tube “ Soweto ” par Omar Pène et le Super Diamono, il y a plus de 10 ans, à la fin 2001 où Awadi l’a repris en duo avec l’auteur, il n’y a pas d’embellie réelle. De la sortie de “ Multipartisme ”, ou “ Wari bana ”, du reggaeman ivoirien Alpha Blondy, au début des années 90, à nos jours, les riches refusent toujours de faire un geste, prétextant qu’il n’y a plus d’argent.
Face à tant de problèmes de survie et de mal gouvernance, Didier Awadi pense que les jeunes Africains ont leur rôle à jouer. Les rappeurs surtout. L’auteur de “ Parole d’honneur ” préfère parler de “ panafricanisme actif ” pour décrire son projet en musique. “ Il faut que les Africains se prennent en charge eux-mêmes. Ce n’est pas l’étranger qui débarquera pour venir régler nos problèmes à notre place. Nous devons concevoir et apporter nos propres solutions. C’est cela ma définition de ce panafricanisme militant ”, explique-t-il. Sur le terrain, il est présent. Récemment, il était à Bamako dans le cadre de la mise sur pied d'un Front Social Africain. Trois cents personnes y ont participé. Il milite aussi pour l’annulation de la dette, le renouveau culturel de l’Afrique, sa réhabilitation et l’instauration d’une justice sociale, entre autres.
Son premier album solo est aussi celui de rencontres. Les rappeurs Khouman du Pee Froiss, Abass, KT, du Rap’Adio, Big D, Miriam d’Alif, y ont pris part, entre autres guest-stars. Il y a repris trois tubes qui font aujourd’hui figure de classiques de la musique africaine : “ Mandjou ” de Salif Keïta, “ Soweto ”, en duo avec Omar Pène, et “ Wari bana ”, version hip-hop de “ Multipartisme ” d’Alpha Blondy. “ Ce sont des rêves de gosse qui se réalisent ”, affirme-t-il. Selon lui, des problèmes de calendrier ont empêché Blondy et Salif Keïta de venir prêter leur voix.
Après son album solo, suivront, en 2002, ceux de Doug-E-Tee et de Baay Souley, les deux autres membres du Positive Black Soul. “ Les albums solos sont dictés par le besoin de dire et de faire des choses très personnelles, mais le PBS reste plus que jamais une famille ”, assurent Awadi et Doug.
HABIB DEMBA FALL © Le Soleil (www.lesoleil.sn)
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