Coups et blessures volontaires: Cbv décortique le code pénal

Le groupe de rap "Cbv" (pour Coups et Blessures Volontaires), s'établit sur la scène hip-hop sénégalaise avec la sortie d'un double album intitulé "Or Klass". Les deux jeunes rappeurs, se veulent des porte-parole et des dénonciateurs. Justice, éducation, colonisation, les thèmes choisis par "Cbv" sont aussi divers que leurs choix musicaux.

Ils s'appellent Phata et Gougou, portent des tenues de prisonniers et sont tous les deux auteurs de Coups et blessures volontaires. C'est sur la base de cet intitulé juridique extrait d'un article du code pénal, que Gougou a été condamné il y a sept ans. De cette condamnation est née l'envie de fonder un groupe de rap, pour "engager leur art dans la lutte contre l'injustice sociale et les détériorations des règles de vie en société". Et quand il s'est agit de donner un nom au groupe, alors c'est "Cbv" qui fait tilt dans les esprits.

Après être intervenu dans plusieurs compilations comme "D Kill Rap" en 1999 et "Yaw Euleugou Sénégal" en 2001, les deux jeunes rappeurs ont grandi et se sentent aujourd'hui capable de faire leur propre album. Alors, comme un coup de plus assené volontairement au monde du hip-hop sénégalais et aux amateurs de rap, "Cbv" a sorti hier "Or Klass". Toute ressemblance phonologique avec un quelconque tribunal dakarois serait fortuite. "Cbv dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas", peut-on entendre dans un de leur titre. Pour mener à bien cette vocation dénonciatrice, les rappeurs ont choisi une source d'inspiration quelque peu originale : le Code Pénal. Ils expliquent alors que leur philosophie, leur concept, est de parler "d'un pouvoir judiciaire mobile, qui se déplace". Et c'est à Gougou de préciser: "Quand j'ai été condamné pour coups et blessures volontaires, je ne savais même pas que ce genre de choses étaient interdites, je ne connaissais pas le code pénal. Nous voulons que l'idée de justice pénètre tout le monde: les familles, les enfants" . C'est ainsi que de nombreux titres du double album portent un numéro, celui de l'article du code pénal dont il est question. L'article 50, par exemple, évoque la trahison. "Cbv" est parti de cet article pour chanter "La France nous a trahi", une chanson dans laquelle les rappeurs reviennent sur l'époque de la colonisation, sur les promesses de De Gaulle, avant de clamer haut et fort à l'adresse des français que "(nous) n'avons plus besoin de leurs soins".

De nombreux autres thèmes sont traités comme celui de l'éducation, pour lequel le groupe a mis en scène une discussion entre un ministre de l'Education nationale et des étudiants dans "L'audience".

Musicalement, "Cbv" revendique un style "hardcore", c'est-à-dire privilégiant la prise de position, la parole sur le chant. Mais ils affirment également que le rap a évolué et qu'il faut aujourd'hui "savoir diversifier les styles pour toucher un public plus large". Une place importante est ainsi accordée aux choeurs féminins et aux instruments traditionnels.

Le tout donne un résultat remarquable de pertinence et de professionnalisme. Pour le plus grand bonheur des amateurs de rap, Phata et Gougou ne comptent pas s'arrêter là. Car comme le souligne Phata lui-même, "il y a plus de 400 articles dans le Code Pénal, on a encore du travail!"

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

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