Accrorap à Sorano : La danse comme expression politique et poétique
Quand le hip hop sort du ghetto de la frime, de la démonstration gratuite et de la banlieue dans lequel il est encore trop souvent cantonné, il peut donner naissance à de grands spectacles. La compagnie Accrorap en a administré la preuve vendredi dernier au public dakarois réuni au Théâtre National Daniel Sorano. Invitée par le Centre Culturel Français, la troupe composée de sept jeunes danseurs, du chanteur marocain Brahim Tounsi, de la violoncelliste Emmanuelle Mitton et du plasticien d’origine antillaise Rodrigue Glombard, a exécuté une œuvre qui offre au spectateur matière à réfléchir.
Depuis maintenant plus de dix ans, la compagnie créée par Mourad Merzouki, Eric Mezino, Chaoui Said et Kader Attou explore les pistes artistiques du Hip-Hop pour le sortir du carcan banlieusard et l’ouvrir aux influences de la danse contemporaine. Après un parcours jalonné de multiples expériences, le spectacle M’Panandro est créé en 1999. Il est composé de deux pièces sur le thème de la question et de la quête des origines.
“ Racines-Razana ”, prestation du chorégraphe français d’origine malgache, Eric Mezino évoque un double retour aux origines. Personnel d’abord puisque l’artiste tente de retrouver ses ascendances malgaches. Puis de manière plus métaphorique, il met en scène l’origine du monde au travers d’un personnage énigmatique qui donne successivement vie à chacun des danseurs. Le plasticien Rodrigue Glombard joue les démiurges dans une installation étrange, faite de morceaux de ficelle d’où pendent des breloques. Côté cour se trouve donc le réceptacle de toute existence tandis que les danseurs miment la naissance du monde.
La capoiera et le hip hop, tous deux issus de la culture afro américaine, sont employés pour nous rappeler le retour à la terre matrice de l’humanité, l’Afrique. Des corps recroquevillés, des pas parfois hésitants alternent avec des instants de franche libération de la gestuelle. Peut-être assistons-nous ici à la mise en scène du dilemme tragique de la liberté et de la conscience que l’homme est seul à pouvoir vivre. La quête de la source originelle du monde semble, pour Eric Mezino, passer par la recherche de ses propres racines.
La deuxième partie du spectacle s’est déployée sur fond de tragédie algérienne. Le chorégraphe, Kader Attou, présente un tableau lugubre de la souffrance algérienne. La musique se mêle à la danse grâce à la voix pleine d’intensité douloureuse du chanteur marocain Brahim Tounsi et aux complaintes lancinantes du violoncelle d’Emmanuelle Mitton. “ Prière pour un fou ” conte par le canal de l’expression corporelle au sens large (danse et chant) l’histoire-tragédie de l’Algérie des années 1990.
La scène est habitée en son centre par un mur et côté-jardin par un immense pantin, drapé de noir. Seule tranche sur tout ce noir, le blanc d’une corde passée autour du cou. Le spectre de la mort envahi l’espace, et la tenue blanche des danseurs symbolisant le linceul, en rajoute à l’atmosphère morbide. Les artistes évoluent au gré de la musique rap et des envolées de Brahim Tounsi. La folie engendrée par le trop-plein de morts et de violences se retrouve dans la métaphore du cercle.
Un halo de lumière rouge prend possession de la scène, le sang baigne un des danseurs terrassé tandis que les autres tournoient autour de lui, le regard vide, la démarche absente. Les images de l’Algérie reviennent surgissent des limbes de notre mémoire trop vite amnésique et la morsure du drame algérien nous saisi. Une chorégraphie époustouflante d’émotion qui allie à merveille les rythmes hip hop et le chant oriental.
Le public, très jeune, de Sorano a visiblement apprécié le spectacle si l’on en juge par les vivats qui l’ont émaillé de bout en bout. La troupe a ensuite fait partager son talent et sa passion du break-dance à quelques jeunes rappeurs sénégalais. Ceux-ci n’ont pas hésité à monter sur scène pour se mesurer à Accrorap. L’esprit du hip hop planait encore sur le Théâtre National Daniel Sorano bien après la fin du spectacle.
HELENE DUMAS (STAGIAIRE) © Le Soleil (www.lesoleil.sn)
“ Racines-Razana ”, prestation du chorégraphe français d’origine malgache, Eric Mezino évoque un double retour aux origines. Personnel d’abord puisque l’artiste tente de retrouver ses ascendances malgaches. Puis de manière plus métaphorique, il met en scène l’origine du monde au travers d’un personnage énigmatique qui donne successivement vie à chacun des danseurs. Le plasticien Rodrigue Glombard joue les démiurges dans une installation étrange, faite de morceaux de ficelle d’où pendent des breloques. Côté cour se trouve donc le réceptacle de toute existence tandis que les danseurs miment la naissance du monde.
La capoiera et le hip hop, tous deux issus de la culture afro américaine, sont employés pour nous rappeler le retour à la terre matrice de l’humanité, l’Afrique. Des corps recroquevillés, des pas parfois hésitants alternent avec des instants de franche libération de la gestuelle. Peut-être assistons-nous ici à la mise en scène du dilemme tragique de la liberté et de la conscience que l’homme est seul à pouvoir vivre. La quête de la source originelle du monde semble, pour Eric Mezino, passer par la recherche de ses propres racines.
La deuxième partie du spectacle s’est déployée sur fond de tragédie algérienne. Le chorégraphe, Kader Attou, présente un tableau lugubre de la souffrance algérienne. La musique se mêle à la danse grâce à la voix pleine d’intensité douloureuse du chanteur marocain Brahim Tounsi et aux complaintes lancinantes du violoncelle d’Emmanuelle Mitton. “ Prière pour un fou ” conte par le canal de l’expression corporelle au sens large (danse et chant) l’histoire-tragédie de l’Algérie des années 1990.
La scène est habitée en son centre par un mur et côté-jardin par un immense pantin, drapé de noir. Seule tranche sur tout ce noir, le blanc d’une corde passée autour du cou. Le spectre de la mort envahi l’espace, et la tenue blanche des danseurs symbolisant le linceul, en rajoute à l’atmosphère morbide. Les artistes évoluent au gré de la musique rap et des envolées de Brahim Tounsi. La folie engendrée par le trop-plein de morts et de violences se retrouve dans la métaphore du cercle.
Un halo de lumière rouge prend possession de la scène, le sang baigne un des danseurs terrassé tandis que les autres tournoient autour de lui, le regard vide, la démarche absente. Les images de l’Algérie reviennent surgissent des limbes de notre mémoire trop vite amnésique et la morsure du drame algérien nous saisi. Une chorégraphie époustouflante d’émotion qui allie à merveille les rythmes hip hop et le chant oriental.
Le public, très jeune, de Sorano a visiblement apprécié le spectacle si l’on en juge par les vivats qui l’ont émaillé de bout en bout. La troupe a ensuite fait partager son talent et sa passion du break-dance à quelques jeunes rappeurs sénégalais. Ceux-ci n’ont pas hésité à monter sur scène pour se mesurer à Accrorap. L’esprit du hip hop planait encore sur le Théâtre National Daniel Sorano bien après la fin du spectacle.
HELENE DUMAS (STAGIAIRE) © Le Soleil (www.lesoleil.sn)
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