Diam's, cette rappeuse qui vient de loin

Dans une France où il est difficile de réussir socialement lorsqu'on est d'origine étrangère, Mélanie Georgiades alias Diam's a su s'imposer grâce au rap.

Cette musique lui permet de donner son opinion sur une société où les valeurs de tolérance et de partage sont en déclin. Rappeuse jusqu'aux bouts des ongles, Diam's est apolitique, mais ne se prive pas de dénoncer haut et fort les tares d'une France de plus en plus repliée sur elle-même.

Tout en elle fait penser à un look de « petit mec ». Sa coupe de cheveux, apparemment bien entretenue, prend la forme de sa tête. Le décolleté vert qu'elle porte est accompagné d'un pantalon kaki avec de nombreuses poches. Ses longues boucles d'oreille lui donnent un brin de féminité. Diam's, la rappeuse française d'origine chypriote est au Sénégal, dernière étape d'une tournée internationale qui l'a menée dans une quinzaine de pays. Samedi dernier, elle a donné un concert au stade Iba Mar Diop. « Cette tournée nous a permis d'ouvrir les yeux et de savoir qu'en dehors de la France, il y a d'autres publics. Mais je ne suis pas venue pour vendre des disques », explique-t-elle en tirant sur sa clope. C'était lors d'une conférence de presse au Méridien Président, quelques heures avant son spectacle.

Révélée au grand public en 2004 par les Victoires de la musique (meilleur album hip-hop), Diam's est aujourd'hui classée numéro 1 du rap français. Un rang qu'elle mérite bien avec des albums comme « Premier mandat » (1999), « 1980 » (2002), « Brut de femme » (2003) et « Dans ma bulle » (2006) qui ont fait le tour du monde. Son rap franc et engagé lui a valu la reconnaissance de ses pairs. Elle a fait de nombreux featurings avec de grands noms comme Doudou Masta, Kamnouze, Feat Kennedy, Kerry James (Sincérité), Mokobé (Nuit de flammes). Des compil's, elle en a également réalisé, notamment « On revient choquer la France, chanter qu'on les aime", écrite et composée par Corneille. Elle y côtoie Chimène Badi, Willy Denzey, Lokua Kanza, Florent Pagny et Natasha Saint-Pierre entre autres. Cette reconnaissance lui a valu une « jalousie soudaine » de Bubba, une autre icône du rap hexagonal. « Je n'ai absolument rien contre lui. Je sais qu'il a eu d'un coup une haine contre moi. C'est comme si quelqu'un vous serrait la main tous les jours et, tout d'un coup, vient vous dire publiquement qu'il ne vous aime pas », explique Diam's dans un haussement d'épaules. Le problème, on le devine, semble être une querelle de leadership comme il en existe chez les possees américains.

Optimiste pour l'avenir, la rappeuse française semble plus préoccupée par les comptes qu'elle a à régler avec le Front national (Fn) et la politique de l'émigration au cas par cas du nouveau président français Nicolas Sarkozy. « Il ne faut pas oublier qu'ils (les militants du Fn) sont toujours là et qu'ils représentent en France un électorat de trois millions de personnes. Et Sarkozy a lui même ouvertement reconnu qu'il veut prendre ces voix », clame celle qui se réclame de la génération relais et qui prend les rênes pour combattre la furie des extrémistes. « Marine », le tube "dédié" à Marine Le Pen, la fille du leader du Fn, a fait un tabac dans l'Hexagone. Elle refuse pourtant d'être étiquetée de militante de la Gauche française ou de pro-Ségolène Royale, l'ex-candidate socialiste malheureuse à la dernière présidentielle. « Avant tout, je fais du rap qui est une musique sociale et j'y parle de ce que je vois, de ce que je connais. Donc forcément, elle est engagée cette musique. C'est pas pour autant que je fais de la politique », rectifie-t-elle.

A 27 ans, Diam's, qui a choisi d'être la rappeuse de... diamant, reconnaît avoir grandi. « Avant, je n'aurais jamais imaginé que je pourrais tenir un discours face à une vingtaine de journalistes », confesse-t-elle en toute sincérité.

D'une mère travaillant dans l'événementiel musical, elle grandit en écoutant les tubes de Michael Jackson et de Francis Cabrel dont elle reprend la chanson « Saïd et Mohamed ». Préférant la chanson aux études, la musique lui permet de se rendre compte de son existence face à une France recroquevillée sur elle-même. Une musique qui sera pour elle une thérapie. « C'est bizarre, j'étais dans mon petit coin. J'étais invisible, on ne me calculait pas trop. Et d'un coup, avec la musique, les gens m'apprécient, m'aiment et m'écoutent. Et du coup j'existe », se réjouit-elle.

Originaire des banlieues parisiennes de l'Essonne, Brunoy puis Massy, Diam's reconnaît être venue de loin. Malgré son succès, elle ne semble pas avoir la grosse tête.

« Tout le monde sait d'où je viens, comment j'ai commencé. J'étais sur des scènes, je mangeais des cailloux, des canettes, mais j'aimais faire passer des messages », lance-t-elle à qui veut l'entendre.

Aujourd'hui au sommet de la gloire, la rappeuse de diamant a le triomphe modeste. « Je me considère juste comme une rappeuse française qui a fait son chemin. Je n'ai volé la place à personne et je suis fière aujourd'hui », déclare-t-elle à l'endroit de ses éventuels détracteurs.

© Le Soleil (http://www.lesoleil.sn)

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