Moona, sénégalo-béninoise : messages festifs, forte dose de féminité

Affectueusement, elle se fait appeler DCH (Dangerous Cool and Hot). De quoi s'interroger sur les véritables motivations de cette séduisante « rappeuse » au sourire qui reflète un brin de charme ... ravageur. "C'est juste que cette expression reflète ma personnalité". Seulement, une précision de taille s'impose.

Simplement parce qu'il faut rapporter cette attitude à sa musique ; puisque DCH peu parler de choses selon leur nature ; qu'elles soient importantes ou à un moindre degré. Preuve que cet artiste peut se retrouver dans n'importe quelle situation et réussir à s'y mouvoir en parfaite connaissance de cause.

Moona, c'est le véritable nom de DHC ; une Sénégalaise d'origine béninoise. Seulement, à chaque fois que le Bénin doit être représenté dans les rencontres musicales sénégalaises, elle se fait un plaisir d'occuper la place qui sied à son pays natal. Même si, son coeur bat pour le Sénégal, ce pays qui l'a adopté depuis quelques années. Mieux, un pays qui lui a permis d'aller à la rencontre de ses racines ... sarakholé. "Lors de ma première année à l'Université, j'ai logé chez mes parents à Pikine. Cela m'a permis de baigner dans l'ambiance familiale et de retrouver mes origines". Puisque, tient à préciser la jeune fille, c'est son grand-père parti au Bénin pour ramener son frère qui a fini par tomber sous les charmes de ce pays avant d'y prendre femme. Son père, Béninois de naissance s'est retrouvé parfaitement intégré dans ce pays, au point que ses enfants se sentent chez eux, dans l'ancien Royaume du Dahomey. Même si, quelque part, il se sent Sénégalais pour y avoir fait des études. Ayant grandi à Cotonou où elle a fait ses études jusqu'à l'obtention du Bac français, Moona s'est retrouvé au Sénégal. Mais, ce n'est pas le seul pays qu'elle a fréquenté. Car, elle a fait le Ghana, le Burkina, le Niger et le Nigeria. Une situation qui lui permet d'être réceptive à toutes les cultures et d'avoir de bons rapports avec toutes les communautés.

Sa passion pour la musique, c'est la symbiose de rencontres avec de grands noms de la scène africaine qui fréquentaient leur maison sur invitation d'un père connaisseur. Angélique Kidjo, Kassav, Nayanka Bell, Aicha Koné et bien d'autres sont passés chez elle. Toutes ces influences ont permis à ce talent qui excellait dans l'art de jouer le piano d'avoir une vaste ouverture musicale. Ce qui a lui permis de réussir sa première maquette aux relents rap, R&B et Dance Hall. Le clip produit par un jeune label béninois, qui a suivi cette entrée retentissante, lui a permis de séduire son public. Car, le public a découvert une nouvelle star de la musique africaine. MES MESSAGES SONT FESTIFS

"Au Sénégal, j'ai eu la chance d'être coachée par Guissé Pène et Didier Awadi. Comme, ils aiment bien ce que je fais, je n'ai pas eu de problèmes particuliers". DCH dit avoir le soutien de Big D, de Xuman et Keyti. Sans oublier les autres artistes de la banlieue avec qui, elle collabore pour donner la pleine mesure de son talent. Alors, lorsqu'elle s'est retrouvée dans des festivals comme AfricaKeur ou celui de Didier Awadi à Guédiawaye, les mélomanes ont reconnu en elle, une des futures grandes voix de la scène africaine. Peut-être parce que cette artiste, qui se dit pas trop engagée, a été fortement influencée par le jazz qui ne s'accommode d'aucune forme d'orchestration folklorique. « Je mets l'accent sur la sensibilisation pour une meilleure prise de conscience. Ainsi, mes messages sont festifs pour ne pas tomber dans la monotonie ». Sans verser dans le sentimentalisme, Moona ne parle de certaines choses que lorsqu'elles le touchent vraiment. Alors, une attitude peut-elle s'accommoder du rap qui se veut parfois cru dans le langage ? L'artiste soutient que « parler de social, c'est aussi faire preuve d'engagement ».Même si le Sénégal est véritablement la référence hip hop en Afrique, Moona n'en pense pas moins qu'il se pose un problème dans notre pays. « Ce qu'il faut déplorer, c'est que le Mouvement se sectarise. Il n'y a pas d'intégration entre rappeurs et autres musiciens. Et pourtant, cela aurait pu nous permettre plus d'originalité dans notre démarche musicale », explique t-elle. Mais, une chose est sure, elle veut vivre pleinement sa passion pour la musique au Sénégal. « C'est un milieu organisé. Et ce n'est pas un hasard si les Touré Kunda ont été premier groupe africain à tourner en Europe et le PBS, l'un des meilleurs groupes de rap sur la scène africaine ».

JE N'AI JAMAIS DOUBLE UNE CLASSE

Etudiante en licence de droit à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Moona doit préparer sa maîtrise l'année prochaine. Une situation qui prouve à bien des égards que l'artiste a réussi à allier sa passion pour la musique et les études. « Il faut simplement savoir faire la part des choses. Et fort heureusement, je n'ai jamais doublé une classe », tient-elle à préciser. C'est peut-être ce qui explique, le choix de l'horizon 2006 pour la sortie de son premier album, eu égard à cette volonté de ne pas précipiter les choses. « Je prends mon temps pour peaufiner mon prochain album. Je veux proposer aux mélomanes une production de haute facture qui sera appréciée à sa juste mesure ». Si Moona est suivi depuis par un label au professionnalisme reconnu, il n'en demeure pas moins qu'elle redoute la promotion et la distribution qui constituent un véritable casse-tête. « J'aurais besoin d'être soutenue. Heureusement qu'il y a ici des gens sur qui je peux compter ». Le charme de Moona, ce n'est pas seulement son petit sourire qui accompagne ce ... doux visage. Sur scène aussi, l'artiste se veut également gaie. D'autant plus que le public, réceptif à ces messages, reprend en choeur son tube à succès « Frère ». « Sur scène, je suis très féminine », dit-elle. A ce titre, Moona fait remarquer qu'elle a une féminité à conserver. Pour la bonne et simple raison qu'elle ne joue pas un rôle. « Même dans la vie, je suis très féminine ».

Que dire alors de ces rapports avec la gent féminine qui a investi le mouvement hip hop à l'image du groupe Alif ou encore de la nouvelle coqueluche Thaïs ? « Nous nous consultons régulièrement. Et en plus, ce sont des soeurs à moi ». Sénégalo-béninoise, Moona comprend toutes les langues parlées dans son pays natal. Alors, vis-à-vis de ses compatriotes vivant au Sénégal, elle est très à l'aise. Musicalement parlant.

© Le Soleil (http://www.soleil.sn)

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