Tonton Mac, de la chanson à la production : «le rap sénégalais a évolué musicalement»
Après le succès de leur album " Nel Fess ", Tonton Mac avait disparu de la scène musicale avant de réapparaître, à l'ombre, avec la casquette de producteur.
Celui qui est en train de réussir sa reconversion nous livre ses secrets. En connaisseur du secteur, Tonton Mac, de son vrai nom Matar Bèye, explique la régression de la création musicale, le blocage du rap et dénonce la nouvelle forme de piraterie des clips, entre autres sujets. Entretien à battons rompus
- Quels sont les goulots d'étranglement du métier de producteur ?
Moi, je pense que le principal problème, c'est sans doute celui des moyens. Devant une telle situation, on fait avec les moyens du bord. Les artistes ne sont pas toujours en mesure de mettre le nécessaire, par exemple, pour réaliser une bonne vidéo. Un bon clip nécessite un budget d'une cinquantaine de millions de francs de CFA. Ce sont des clips tournés en 16 ou 35 millimètres. Je vous dis que pour un clip, rien que la pellicule coûte cher. Tout cela renseigne sur les goulots d'étranglement du secteur, d'autant qu'ici pour qu'un artiste fasse des ventes qui atteignent 10 millions de francs, c'est difficile. N'empêche, il nous arrive de faire des vidéos à perte. Mais, cela nous permet quand même de montrer aux gens ce que nous savons faire.
Un clip comme celui de Viviane Ndour dans " Cuuc " requiert beaucoup d'énergie. C'est un travail à la chaîne : la création, la modélisation, l'animation. Pour certains clips, il suffit d'avoir un beau décor, mais quand il s'agit de créer le décor et le personnage, c'est un travail énorme ". Quand on est producteur, on a de grosses responsabilités. Puisque dès fois, on engage des dépenses et on n'est pas sûr de pouvoir s'en sortir. On risque des contrats sur tout ce qui touche à la production. Comme tous les autres secteurs, le milieu de la production est marqué par la concurrence. Mais de mon point de vue, la concurrence est très saine chez nous.
- Que pensez vous de la piraterie dans votre secteur ?
Normalement, on doit être totalement couvert si le Bureau sénégalais du droit d'auteur, BSDA, fait correctement son travail. Après avoir pris des engagements sur la distribution, les droits d'auteur etc., tout le reste est géré par le BSDA notamment l'enregistrement, le contrôle des cassettes avec les hologrammes. À ce niveau, si le Bureau sénégalais du droit d'auteur fait son travail, il ne doit pas y avoir de piraterie.
Pour vaincre ce mal, je crois qu'il faut mettre à la disposition de cette structure, le BSDA, les moyens nécessaires au niveau de la police pour un contrôle plus minutieux.
Mais une autre forme de piraterie existe dans les clips. Ils sont réalisés à titre promotionnel, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas destinés à la vente. Mais qu'est-ce qu'on voit très souvent ? Des CD et des DVD contenant des clips en vente sur le marché. Ce n'est pas normal ! Cela veut dire qu'il y a des gens qui copient les clips à la télévision et qui les vendent sur le marché. Pendant ce temps, l'artiste qui a produit la chanson n'y gagne rien.
- Quel jugement portez-vous sur la musique sénégalaise ?
Il y a une certaine régression de la création. Je ne veux offenser personne, car celui qui a quelque chose à prouver, il est libre de le faire. Seulement, je pense que cela ne signifie pas qu'il faut faire n'importe quoi. J'insiste sur ce point. Je ne veux offenser personne, mais à mon humble avis, il y a beaucoup d'artistes et la qualité n'est pas toujours de mise dans les produits qu'ils mettent sur le marché.
Je pense que du côté des artistes, il faut s'arrêter et se remettre en question Avant de sortir un album, il faut essayer de voir si ce qu'on va produire est valable ou non. À mon avis, ils doivent aussi s'accompagner de connaisseurs, de spécialistes en la matière.
- En tant qu'ancien rappeur, comment voyez-vous le hip hop présentement ?
J'ai quitté le Sénégal en 2000 pour les Etats unis et je suis revenu en 2003. Je pense que les rappeurs ont évolué musicalement parlant. Mais du côté de l'encadrement, du management et de la promotion, il y a un vrai blocage. À mon sens, c'est vraiment cela le problème du rap. Il existe un certain manque de professionnalisme, parce que pour la plupart des groupes de rap, on remarque que le manager ou l'impresario n'est personne d'autre que le frère ou le cousin du rappeur. Il y a beaucoup à faire pour redonner au rap l'image qu'il a perdue et lui permettre de reconquérir son public d'antan.
- Quels sont vos meilleurs souvenirs au Sunu Flavor ?
C'est incontestablement la réalisation de l'album " Nel Fess " avec le titre Salimata. Cela a été un de nos plus grands succès. La preuve, cet album a été vendu à plus de 25 000 exemplaires.
Mais je pense que dans la vie, il faut savoir prendre les bonnes décisions, au bon moment, au bon endroit, et opérer les ruptures qu'il faut. Aujourd'hui, je ne nourris aucun regret pour avoir laissé tomber la musique pour autre chose. Bien sûr, quand j'ai envie de chanter, j'entre dans le studio, je me défoule et ça s'arrête là.
- Peut-on s'attendre au retour de Tonton Mac sur la scène musicale ?
On m'a toujours posé cette question et j'ai, à chaque fois, répondu par la négative. Mais, Dieu seul sait ce que le destin nous réserve. N'empêche, je puis vous affirmer que pour l'instant, je ne suis pas prêt à renouer avec la musique.
- Comment expliquez vous le fait qu'un grand intellectuel comme votre père (Alioune Badara Bèye, président de l'Association des écrivains du Sénégal) vous ait laissé abandonner les études au profit de la musique ?
Il est vrai que mon père a été très compréhensif. Il a compris que j'avais envie de faire de la musique. Mon père est d'abord artiste avant d'être intellectuel. Et quand on est artiste et qu'on sait que quelqu'un a du feeling, la moindre des choses, c'est de le laisser s'exprimer.
Et pour cela, j'avais décidé d'aller aux Etats-Unis pour me perfectionner. Ainsi j'ai subi une formation de 18 mois au SAI, en ingénierie du son et en multimédia. J'ai également fait des études de management à Miami, précisément en comptabilité et gestion d'entreprises. Après cela j'ai travaillé un an à Miami. Ainsi, j'ai managé une société chinoise qui était dans ce pays. J'ai toujours eu la passion de la technicité, la forte envie de découvrir de nouvelles techniques. Ce n'est pas simplement pour gagner de l'argent. C'est un vrai plaisir pour moi.
© Le Soleil (www.lesoleil.sn)
Celui qui est en train de réussir sa reconversion nous livre ses secrets. En connaisseur du secteur, Tonton Mac, de son vrai nom Matar Bèye, explique la régression de la création musicale, le blocage du rap et dénonce la nouvelle forme de piraterie des clips, entre autres sujets. Entretien à battons rompus
- Quels sont les goulots d'étranglement du métier de producteur ?
Moi, je pense que le principal problème, c'est sans doute celui des moyens. Devant une telle situation, on fait avec les moyens du bord. Les artistes ne sont pas toujours en mesure de mettre le nécessaire, par exemple, pour réaliser une bonne vidéo. Un bon clip nécessite un budget d'une cinquantaine de millions de francs de CFA. Ce sont des clips tournés en 16 ou 35 millimètres. Je vous dis que pour un clip, rien que la pellicule coûte cher. Tout cela renseigne sur les goulots d'étranglement du secteur, d'autant qu'ici pour qu'un artiste fasse des ventes qui atteignent 10 millions de francs, c'est difficile. N'empêche, il nous arrive de faire des vidéos à perte. Mais, cela nous permet quand même de montrer aux gens ce que nous savons faire.
Un clip comme celui de Viviane Ndour dans " Cuuc " requiert beaucoup d'énergie. C'est un travail à la chaîne : la création, la modélisation, l'animation. Pour certains clips, il suffit d'avoir un beau décor, mais quand il s'agit de créer le décor et le personnage, c'est un travail énorme ". Quand on est producteur, on a de grosses responsabilités. Puisque dès fois, on engage des dépenses et on n'est pas sûr de pouvoir s'en sortir. On risque des contrats sur tout ce qui touche à la production. Comme tous les autres secteurs, le milieu de la production est marqué par la concurrence. Mais de mon point de vue, la concurrence est très saine chez nous.
- Que pensez vous de la piraterie dans votre secteur ?
Normalement, on doit être totalement couvert si le Bureau sénégalais du droit d'auteur, BSDA, fait correctement son travail. Après avoir pris des engagements sur la distribution, les droits d'auteur etc., tout le reste est géré par le BSDA notamment l'enregistrement, le contrôle des cassettes avec les hologrammes. À ce niveau, si le Bureau sénégalais du droit d'auteur fait son travail, il ne doit pas y avoir de piraterie.
Pour vaincre ce mal, je crois qu'il faut mettre à la disposition de cette structure, le BSDA, les moyens nécessaires au niveau de la police pour un contrôle plus minutieux.
Mais une autre forme de piraterie existe dans les clips. Ils sont réalisés à titre promotionnel, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas destinés à la vente. Mais qu'est-ce qu'on voit très souvent ? Des CD et des DVD contenant des clips en vente sur le marché. Ce n'est pas normal ! Cela veut dire qu'il y a des gens qui copient les clips à la télévision et qui les vendent sur le marché. Pendant ce temps, l'artiste qui a produit la chanson n'y gagne rien.
- Quel jugement portez-vous sur la musique sénégalaise ?
Il y a une certaine régression de la création. Je ne veux offenser personne, car celui qui a quelque chose à prouver, il est libre de le faire. Seulement, je pense que cela ne signifie pas qu'il faut faire n'importe quoi. J'insiste sur ce point. Je ne veux offenser personne, mais à mon humble avis, il y a beaucoup d'artistes et la qualité n'est pas toujours de mise dans les produits qu'ils mettent sur le marché.
Je pense que du côté des artistes, il faut s'arrêter et se remettre en question Avant de sortir un album, il faut essayer de voir si ce qu'on va produire est valable ou non. À mon avis, ils doivent aussi s'accompagner de connaisseurs, de spécialistes en la matière.
- En tant qu'ancien rappeur, comment voyez-vous le hip hop présentement ?
J'ai quitté le Sénégal en 2000 pour les Etats unis et je suis revenu en 2003. Je pense que les rappeurs ont évolué musicalement parlant. Mais du côté de l'encadrement, du management et de la promotion, il y a un vrai blocage. À mon sens, c'est vraiment cela le problème du rap. Il existe un certain manque de professionnalisme, parce que pour la plupart des groupes de rap, on remarque que le manager ou l'impresario n'est personne d'autre que le frère ou le cousin du rappeur. Il y a beaucoup à faire pour redonner au rap l'image qu'il a perdue et lui permettre de reconquérir son public d'antan.
- Quels sont vos meilleurs souvenirs au Sunu Flavor ?
C'est incontestablement la réalisation de l'album " Nel Fess " avec le titre Salimata. Cela a été un de nos plus grands succès. La preuve, cet album a été vendu à plus de 25 000 exemplaires.
Mais je pense que dans la vie, il faut savoir prendre les bonnes décisions, au bon moment, au bon endroit, et opérer les ruptures qu'il faut. Aujourd'hui, je ne nourris aucun regret pour avoir laissé tomber la musique pour autre chose. Bien sûr, quand j'ai envie de chanter, j'entre dans le studio, je me défoule et ça s'arrête là.
- Peut-on s'attendre au retour de Tonton Mac sur la scène musicale ?
On m'a toujours posé cette question et j'ai, à chaque fois, répondu par la négative. Mais, Dieu seul sait ce que le destin nous réserve. N'empêche, je puis vous affirmer que pour l'instant, je ne suis pas prêt à renouer avec la musique.
- Comment expliquez vous le fait qu'un grand intellectuel comme votre père (Alioune Badara Bèye, président de l'Association des écrivains du Sénégal) vous ait laissé abandonner les études au profit de la musique ?
Il est vrai que mon père a été très compréhensif. Il a compris que j'avais envie de faire de la musique. Mon père est d'abord artiste avant d'être intellectuel. Et quand on est artiste et qu'on sait que quelqu'un a du feeling, la moindre des choses, c'est de le laisser s'exprimer.
Et pour cela, j'avais décidé d'aller aux Etats-Unis pour me perfectionner. Ainsi j'ai subi une formation de 18 mois au SAI, en ingénierie du son et en multimédia. J'ai également fait des études de management à Miami, précisément en comptabilité et gestion d'entreprises. Après cela j'ai travaillé un an à Miami. Ainsi, j'ai managé une société chinoise qui était dans ce pays. J'ai toujours eu la passion de la technicité, la forte envie de découvrir de nouvelles techniques. Ce n'est pas simplement pour gagner de l'argent. C'est un vrai plaisir pour moi.
© Le Soleil (www.lesoleil.sn)
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