Portrait: Big D, rappeur XXL

Big D (prononcez Big Dii), pour ceux qui ont suivi ses prestations, depuis 1995, au sein du Yat-Fu, est ce jeune rappeur qui veut imposer une philosophie personnelle. Il porte bien son surnom, ce jeune rappeur au physique imposant d’un mec du Bronx rappelant les promesses d’un futur Tyson (le lutteur sénégalais, pas le boxeur yankee !). Big, dans la langue de Shakespeare, ne veut-il pas dire “ gros ” ? Alors, s’il y a une chose que Big D regrette aujourd’hui, et de vive voix, c’est bien d’avoir quitté le Yat-Fu. Ce jeune homme d’une rare spontanéité nous a fait cette confidence. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, il reconnaît que ce groupe dans lequel il évoluait est une école qui lui a inculqué l’esprit hip-hop. Avec ce posse, Big D a cultivé l’esprit de la liberté, celui qui lui permet de sortir de sa bouche toutes les réalités de la vie quotidienne. De là, sont nées des idées novatrices poussant les rappeurs, ces "nouvelles sentinelles des libertés individuelles et collectives", à convaincre leur public. Le Yat-Fu, que Big D considère comme une école, laisse en lui de bons souvenirs. Cependant, sa sortie de ce cercle n’est pas surprenante. C’est une réalité basée sur un certain nombre de principes qui l’ont finalement conduit à entreprendre une carrière solo. “ J’ai quitté le Yat-Fu pour une simple raison : je veux, à ma manière, montrer ma propre philosophie au public du hip-hop ”, explique-t-il. Du temps où il évoluait au sein de ce "posse" (lire groupe), lui et les membres du Yat-Fu avaient gagné la confiance totale des jeunes amateurs du mouvement hip-hop. La sortie de leur cassette “ Fenku Yat-Fu ” (l’émergence de Yat-Fu) a été une occasion de se frotter aux exigences du mouvement. De cette expérience, il a cultivé sa propre philosophie et a développé une grande envie d’imposer cette manière d’être et d’agir à l’audience du rap. Aujourd’hui, Big D a pris son propre élan. Après un séjour à l’étranger, il est revenu au Sénégal. Et c'est pendant son absence, le Yat-Fu a concocté “ Yonentu Rap-bi ” (les prophètes du rap), deuxième production du groupe. Lui, était allé à la découverte des réalités du hip-hop gabonais. Là-bas, il a même travaillé dans une station appelée “ Radio Mandarine ”.

Le Gabon, c’est aussi une part des racines du rappeur. Son père est Gabonais et Big D a retrouvé ses origines dans la musique rebelle, avec la complicité de DJ Malcom. En dix mois de séjour au Gabon, il a montré ses talents de tchatcheur. En plus de ses émissions à “ Radio Mandarine”, il “ rappait ” quand l’occasion se présentait à lui. Son retour au Sénégal lui a permis de prendre un nouveau départ en donnant une nouvelle orientation à son projet artistique. “ Au Yat-Fu, nous n'avions pas les mêmes conceptions. Personnellement, je n’aime pas qu’on m’impose quelque chose. A mon retour du Gabon, les autres membres du groupe avaient presque terminé l’enregistrement de la deuxième production ”, confie-t-il. Le fait d’avoir tourné le dos à ce groupe offre à Big D l’occasion de tester ses convictions “ rappologiques ” et à les proposer à la société. Il y a un an environ, il a mis sur le marché sa première cassette solo, le “ Jackpot ”.

Ce fana des tee-shirts rouges (signe particulier de son ancien groupe), casquette vissée sur la tête, se veut un homme qui va à la rencontre d’autres expériences. Son récent séjour en France entre dans ce cadre. Là-bas, il a noué des contacts. “ J'étais allé découvrir le mouvement hip-hop parisien, et j’ai eu la chance de rencontrer un groupe de rap appelé “ Activistes ” avec qui j’ai fait un duo dans un morceau intitulé “ Wack Mc ”, nous apprend-il. La sortie de cette cassette est prévue en janvier prochain. En attendant, Big D compte retourner à Paris pour la promotion du produit. Actuellement, “ Le Gros ” D prépare un maxi de quatre titres qu’il envisage de présenter au label “ Fatrax Vision ” basé à Paris. Un jalon de plus posé sur la route de cet artiste acquis aux vertus du hardcore, versant “ radical ” du hip-hop. Ce "rappeur XXL" a d'ailleurs un projet : les Douze heures de la Francophonie du rap, à Dakar, avec son label “ Big Squad ”. Cette manifestation pourrait réunir, en septembre 2002, huit pays francophones.

DJAMILATOU C. DIAO © Le Soleil (www.lesoleil.sn)

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