Sur le chemin de " Senerap international " : les rappeurs arrêtent les " voleurs de la République " de l'alternance

Le week-end au Centre culturel français (Ccf) de Dakar, le rap religieux des Yankees de Native Deen et la prestation décalée des Français de Saïan Supa Crew n'ont pas pu tempérer la rage des milliers de jeunes galvanisés et particulièrement surexcités par les rimes assassines larguées par les rappeurs en direction des tenants du pouvoir.

Ces messieurs et dames en bleue au pouvoir depuis le 19 mars 2000 se proposent de nous faire lire - le cas échéant - un livre blanc sur les réalisations de l'alternance. Eh bien, ils ont du pain sec sur ce bouquin. C'est qu'ils devront vraiment sortir leurs arguments les plus bétonnés pour convaincre les kids réunis en fraternité hip hop le vendredi et le samedi au Centre culturel français (Ccf) de Dakar dans le cadre du Prélude à Senerap international prévu en juin prochain que l'alternance, c'est du positif. Avec un grand P. Ce que, a priori, les rappeurs ne croient pas. Au fil des différents albums des crew, on sentait déjà le ton incrédule monter. Et se faire plus marteau. Le week-end au Ccf, le rap religieux des Yankees de Native Deen et la prestation décalée des Français de Saïan Supa Crew n'ont pas pu tempérer la rage des milliers de jeunes galvanisés et particulièrement surexcités par les rimes assassines larguées par les rappeurs. "Regardez vers cette direction !", lance Didier Awadi en indiquant le palais de l'avenue Léopold Sédar Sédar. "Ces messieurs de las-bas, nous devons les stopper !" Et Awadi d'embrayer sur l'un de ses tracks intitulé "Stoppez-les !" Morceaux choisis : "Ce sont les voleurs de la République - stoppons-les / Ils ont déçu nos espoirs - stoppons-les / Ils roulent en 607, man - stoppons-les / Ce sont les voleurs de la République - stoppons-les / Ils bouffent l'argent du peuple, man - stoppons-les / Ils s'en mettent plein les c man - stoppons-les / Ils mouillent dans les magouilles, man - stoppons-les / Pas de loi, pas de justice - stoppons-les / Ils ont coulé le joola, man, agressé Talla Sylla - stoppons-les / Ils gonflent leurs comptes en banque, man - stoppons-les / Arrêtons de bavarder et travaillons, man ( )" Et le public devenu complètement dingue n'arrêtait pas de crier : "stoppons-les !", "stoppons-les !", emporté par la rage et l'énergie du rappeur.

Qui oserait déclarer que nos rappeurs mentent dans leurs rimes, et que tout cela ne serait que pour faire mousser le truc ? Soyons sérieux ! Ils n'iront pas cracher ce genre de choses si eux et les masses jeunes et laborieuses "et déçues" qui les accompagnent n'avaient pas comme qui dirait un solide dossier de trimeur sans le sou qui atteste de leur crédibilité. "Les échéances arrivent et je vois d'ici les politiciens assis chez eux en train de penser aux mensonges à servir à l'occasion à la jeunesse" a confié un rappeur à la fin du concert. L'observance de la période de grâce est donc bel et bien terminée. Durant cette période où les tenants actuels du pouvoir s'étaient vus plus ou moins épargner les flèches décochées par les rappeurs, l'on avait vite conclu à un équilibre devenu bien précaire, voire au bord de la rupture idéologique. Certains avaient même conclu à un symbole du rap de l'alternance. Faux ! "Les rappeurs ne passent pas leur temps à critiquer pour critiquer. Cela n'a pas de sens parce que sinon, on finit par être ridicule", assure Xuman du Pee Froiss.

Vrai ! Et c'est le rasta jamaïcain Luciano qui nous apprend ceci : "Tu peux dénoncer Babylone dans tes textes, mais attention : cela ne doit pas déteindre sur ton esprit, le noyer de vibrations négatives ( ) A force de rester concentré sur des sujets du genre Sodome et Gomorrhe et autres, cela t'enferme dans une vision négative du monde." Si tant est qu'ils l'avait gardé, alors le silence rompu par les rappeurs était un silence contrôlé et stratégique. Dans l'optique d'être plus combatif.

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

Comments

Display Order
Only logged in users are allowed to comment. register/log in