Festival: "Musik und Politik 2004" avec Daara-J et Mellow Mark

Jeudi, le 26 Fèvrier:
à "Kesselhaus der Kulturbrauerei"
Schönhauser Allee 36
10435 Berlin
Tel.: 030.44.315.0
URL: www.kesselhaus-berlin.de
Prix: 10 €
Visites www.musikundpolitik.de pour les tickets
Musicalité
Ce qui frappe d’emblée à l’écoute du nouvel album de Daara J, c’est sa grande musicalité, inhabituelle dans un tel contexte et pourtant indissociable de la démarche de N’Dongo D, Aladji Man et Faada Freddy, tant il est vrai que ces trois-là ont toujours placé la mélodie en tête de leurs préoccupations musicales. « Dans notre musique, la mélodie est toujours le point de départ. » A leurs débuts, faute de moyens, cela signifiait rapper sur quelques instrumentaux de rap français ou américain compilés sur une K7, quand ce n’était pas avec le seul soutien d’un beatbox ou de quelques percussions. En ce cas l’un d’entre eux chantait les parties mélodiques. Qui a parlé d’apprentissage à la dure ? Mais à toute chose, malheur est bon, car dans ce contexte ingrat, N’Dongo D, Aladji Man et Faada Freddy ont appris à exploiter tout ce qui leur tombe sous la main. Un enseignement précieux qu’ils appliquent toujours aujourd’hui. « Si La Vie N’est Pas Belle » commence ainsi par une harmonie empruntée à la musique zoulou ; « Boomerang » par une mélodie traditionnelle mandingue et pour l’occasion, Rokia Traoré, l’une des plus grandes divas de la musique malienne leur donne la réplique. Ouverture
Mais la musique africaine, ou plutôt les musiques africaines, ne sont qu’une des multiples composantes du son Daara J, au même titre que le rap français ou américain, le reggae, le roots ou le dancehall, la soul, le funk ou encore la musique cubaine. On le voit, l’ouverture n’est pas pour eux un vain mot ; une tradition plutôt, voire un trait essentiel de leur identité sénégalaise. « Le Sénégal présente une grande diversité culturelle, qui s’exprime au travers une grande variété de langages et de gammes. C’est un pays avec une grande tradition d’ouverture. Le sénégalais est d’un naturel curieux. Il n’est qu’à voir les membres de la diaspora. A chaque retour au pays, ils ramènent dans leurs bagages tout ce qu’ils ont recueillis des pays visités. » Comme bon nombre de leurs compatriotes, N’Dongo D, Aladji Man et Faada Freddy parlent plusieurs langues, entres lesquelles ils jonglent avec aisance et naturel. Lorsqu’ils sortent une K7 à destination du pays, c’est évidemment le wolof qu’ils privilégient ; alors que pour cet album, une large place est faite au français, dans un souci bien légitime de se faire comprendre de leur auditoire… mais un français qui n’appartient qu’à eux, une langue remarquable tant par la richesse de ses expressions savoureuses que par la musicalité de ses mots, bref un français qui sort revigoré de sa confrontation avec les multiples langues et dialectes parlées au Sénégal.
Militant
Qui dit rap dit forcément message. Dès la sortie de sa première K7, en 1994, Daara J s’est signalé par le fort contenu social, politique et spirituel de ses textes. Ils sont, par exemple, le premier groupe de rap sénégalais à avoir abordé de front la question religieuse dans l’un de leurs morceaux, un thème toujours délicat, surtout dans un pays où cohabitent plusieurs cultes. En 1998, à l’époque de la sortie de « Xalima », leur deuxième album, ils font intervenir le conservateur de la maison des esclaves de Gorée, l’île située en face de Dakar d’où partaient les bateaux pour le commerce de l’ébène. Cette dimension n’a évidemment pas disparu sur ce nouvel album. « Babylone » rappelle l’exploitation des peuples africains, qu’elle soit visible ou invisible. « Bopp Sa Bopp » est une vigoureuse dénonciation du chacun pour soi, un appel à plus de solidarité. « Boomrang » raconte que si le rap a grandi aux States, il trouve son origine en Afrique, tandis que « Paris Dakar », leur duo avec le franco-sénégalais Disiz La Peste, rappelle lui que la richesse de l’homme ne se trouve pas forcément dans le développement technologique, mais plus sûrement dans le bien-être partagé. « Le Cycle » est une variation sur la question de la vie, de la mort et de la résurrection, tandis que « Exodus » traite bien évidemment de l’exode. Enfin « Esperanza » est un chant d’espoir, pour ne pas sombrer dans le « Précipice » qui guette chacun de nous.
Tradition et modernité
Mais la grande force de ce disque, au-delà des qualités évoquées ci-dessus, est sans nul doute qu’il nous contraint à réviser toutes nos idées reçues sur l’Afrique et sur son prétendu « retard » vis-à-vis de l’occident. « Boomrang » ne sonne pas petit. Au contraire, en ce domaine comme en bien d’autres , il n’a rien à envier à de nombreuses grosses productions de rap américain et peut même en remontrer à bien des disques de rap français, tant par le professionnalisme de sa réalisation que par l’originalité de son propos. « Nous sommes la première génération née après l’indépendance. A ce titre, nous incarnons à la fois la tradition et la modernité. Un pied dans le passé et l’autre dans le futur. » Une leçon à méditer, assurément…
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