Compil Yaay Bagn : notre réussite repose entre nos mains

Nous devons être les artisans de notre réussite. Partout, l'être humain doit se battre, car la vie est un combat, mais aussi savoir réclamer ses droits. D'autant que la vie est comme une jungle où certains ne rechignent pas à s'appuyer sur le nom de Dieu pour "sucer le sang des honnêtes gens".

"Si on mobilise quelqu'un, il faut le rétribuer à sa juste valeur. Sinon, c'est de l'arnaque, et la victime doit lutter pour rentrer dans ses droits. Mais nous devons nous unir, faire face à l'ennemi pour une lutte victorieuse". Tels sont les mots des rappeurs dans le tube Yaay bagn, éponyme de l'album (qui est une compilation) produit par Maestro Music Production. Dans l'album, seize rappeurs disent être la voix des sans-voix, qui souhaitent que la race noire soit au même niveau que les autres, que les modestes rentrent dans leurs droits. "Nous voulons que l'agresseur, la prostituée, le drogué changent de comportement", indiquent-ils dans une très belle musique. Chantant en français et en wolof, les musiciens, sans être tendres avec Abdoulaye Wade, flétrissent les traîtres, les arrivistes dont l'argent a tourné la tête, ceux qui n'ont plus l'esprit d'équipe, les jaloux, les envieux, rappelant que "tout est éphémère, rien n'est éternel sur cette terre". Ils ne manquent pas de traiter d'aliénés ceux qui "s'arment pour se rebeller en Afrique, fomenter des coups d'Etat ou s'entre-dévorent pour des intérêts personnels, les panafricanistes personnels, la police qui perd la face, la loi qui n'a plus sa place, les dirigeants africains qui ont la tête trop molle, l'Union africaine qui a raté sa cible. Ceux qui font une carrière de sanguinaires et s'adonnent aux rackets, viols, braquages". Mais ils ne ratent pas les journaux qui sont des centres de déformation, d'intoxication pour vendre leurs gazettes, les jeunes filles qui "vendent leurs belles fesses dans les rues ou en direct dans les radios", les "trafiquants des antirétroviraux, ceux qui se servent de Dieu pour tromper le peuple, les gens qui se tuent dans des attentats, pensant aller au paradis, les hommes qui couchent avec leur mère, les patrons qui se tapent leurs secrétaires ou autres employés dans les bureaux. Ce sont des criminels, des aliénés, les criminels de pères qui couchent avec leur fille".

Rendant hommage aux "Lions" du football qui font de nous "un peuple, 2 buts, 2 fois", les jeunes artistes estiment que le rap n'est pas aussi facile que certains le croient. C'est de la musique. Pour eux, "rapper, ce n'est pas cracher tout ce qui nous traverse la tête. Le rap s'apprend".

Soutenant que dans le ghetto ce sont les plus sadiques qui font la loi. C'est une jungle où certains vendent leur âme au diable. "On voit des gens qui s'engraissent sur le dos des autres, qui s'enrichissent à la sueur des pauvres qui ne demandent qu'à vivre de leur travail". Prônant le bon voisinage, ils essaient d'imaginer comment se passe la vie en prison. Pour eux, cela doit être pire que l'enfer. Mais d'un autre côté, ils estiment que tout le monde peut s'y retrouver. Et ils citent l'exemple de Me Wade, Moustapha Sy, Talla Sylla.

Si les producteurs Pape Niang et Dj Séga sont parvenus à rassembler tout ce beau monde, c'est parce qu'ils ont évolué dans le management et dans l'animation et la sonorisation. C'est ainsi que des liens d'amitié se sont tissés avec les artistes. Pour eux, "Yaay bagn est un cri d'espoir, un mot de passe utilisé pour délivrer des messages envers la jeunesse qui doit se mobiliser. Pour eux, Yaay bagn est une nouvelle expression qui signifie : "Tout dépend de toi".

Mais les producteurs ne se focalisent pas sur le rap. Leur structure est ouverte à tous les genres. D'ailleurs, promettent-ils, le prochain produit qu'ils mettront sur le marché sera du mbalax.

© Wal Fadjri (www.walf.sn)

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