SENERAP INTERNATIONAL, PREMIERE EDITION: Test réussi
Si le critère d’appréciation de la réussite ou non d’une manifestation se résumait à l’affluence constatée, alors le premier festival Sénérap international de Dakar co-organisé par les labels Taf Taf Production de Didier Awadi, Africa-Fête de Mamadou Konté et le Centre culturel français (Ccf) de Dakar aura été un succès total.
Avant-hier, samedi 15 mars, second jour de l’événement, le directeur du Ccf, Christian Saglio, soupirait quelque regret : " Cela me fait mal au cœur de devoir laisser des gens dehors. " En effet, dès 18 heures déjà, le Ccf pouvait, raisonnablement, fermer ses portes pour un concert prévu à 20 heures 30 minutes. Il n’y avait plus une seule place. Ni dans les gradins, ni aux alentours. A l’extérieur, pendant ce temps, grouillait un monde fou. Les habitués du Ccf pourraient le confirmer : l’on n’avait jamais assisté à un tel déferlement. A quelques minutes de leur montée sur scène, on aperçoit les membres de Alif. Ce n’est pas la première fois que le possee se produit, mais c’est la toute première fois qu’il doit affronter un tel public. Les visages des " sisters " sont crispés. Comme tous les groupes présents, les filles le savent sans doute, il y a là, sur la scène du Ccf, un enjeu de taille qui se résume en un mot : prouver, pour les uns, confirmer pour les autres. Après dix minutes d’une prestation au terme de laquelle le public a donné de la voix à l’unisson, Alif pouvait pousser un " ouf ! " de soulagement. La formation a vraisemblablement convaincu. A sa suite, se relayeront pas moins d’une douzaine de formations venues du Burkina Faso, du Cameroun, de Gambie, du Sénégal, du Tchad… Dans l’ensemble, les crews ont donné des prestations d’excellentes factures, dans un bel esprit de communion et d’intégration africaine. Le nec plus ultra : l’Américaine Tony Blackman et le Franco-congolais Passi, parrain de l’événement. La veille, au stade Iba Mar Diop avait lui aussi affiché plein pour un spectacle rehaussé par les présences de Myriam Makéba et Eva Marie Colle Seck, ministre de la Santé. L’une et l’autre ont saisi l’occasion pour délivrer des messages de Paix et d’Unité du continent.
Le Sénégal est peut-être, comme se plaisent à le ressasser nos kids, la première puissance rap du continent africain. Mais d’après ce qu’on a vu vendredi à Iba Mar Diop et Samedi au Ccf, les autres pays ne dorment pas. Leurs représentants nous ont proposé des textes à la fois puissants et pertinents, accompagnés d’une musique de qualité. C’est, en définitive " tout à l’honneur de l’Afrique ", comme a eu à le souffler un spectateur.
Hormis quelque excès de zèle de la part de la sécurité, le test de Tat Taf production, Africa-Fête et le Ccf-Dakar a été concluant. Les promoteurs, qui veulent inscrire le festival dans l’annualité, peuvent s’en féliciter.
© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)
COMMENTAIRE DU JOUR (© Sudonline.sn)
"Autorité"
Par Félix Nzalé
Allez demander à un père de famille fatigué, happé par les contingences et les conjonctures de toutes sortes, ce qu’est l’autorité. Il tentera de théoriser, mais il y a longtemps que, en pratique aussi bien qu’en théorie même, ils sont nombreux à ne plus être en mesure de savoir ce que l’autorité en question est réellement. De là à affirmer qu’ils sont tout aussi nombreux à avoir abdiqué de leur rôle de parents, il y a un pas que nous nous permettrons de franchir allégrement. Alors, compte tenu de ce que le festival Sénérap international a drainé vendredi et samedi de jeunes venus de tous les horizons s’abreuver des paroles de leurs idoles, on se dit que les rappeurs ont une lourde responsabilité. Qu’ils ont suppléé les parents dans leur rôle et fonction de transmission des fondamentaux éducationnels à leurs progénitures. Aujourd’hui, un Malick est plus enclin à écouter un Didier Awadi ou un Xuman que ses propres parents. Les rappeurs sont ceux-là qui exercent maintenant l’autorité sur les consciences des jeunes.
On le sait, dans les domaines de l’instruction des enfants, comme dans l’éducation, l’autorité, au sens le plus large, a toujours été acceptée comme une nécessité naturelle, requise notamment par les besoins naturels - la dépendance de l’enfant - et par une nécessité politique : la continuité d’une civilisation constituée, qui ne peut être assurée que si les nouveaux venus par la naissance sont introduits dans un monde préétabli où ils naissent en étrangers. Simple et élémentaire, cette forme d’autorité a servi de modèle durant une période donnée de l’histoire. Elle présidait aux relations entre adultes et enfants, maîtres et élèves. De nos jours, elle a perdu de sa plausibilité. Pourquoi ? Psychologues et sociologues devraient nous aider à mieux comprendre dans le fond. En attendant, nous demanderons aux rappeurs d’être eux-mêmes irréprochables. La confiance perdue des parents repose désormais, entre autres, sur eux. Il y va de l’avenir du Sénégal et de l’Afrique.
Avant-hier, samedi 15 mars, second jour de l’événement, le directeur du Ccf, Christian Saglio, soupirait quelque regret : " Cela me fait mal au cœur de devoir laisser des gens dehors. " En effet, dès 18 heures déjà, le Ccf pouvait, raisonnablement, fermer ses portes pour un concert prévu à 20 heures 30 minutes. Il n’y avait plus une seule place. Ni dans les gradins, ni aux alentours. A l’extérieur, pendant ce temps, grouillait un monde fou. Les habitués du Ccf pourraient le confirmer : l’on n’avait jamais assisté à un tel déferlement. A quelques minutes de leur montée sur scène, on aperçoit les membres de Alif. Ce n’est pas la première fois que le possee se produit, mais c’est la toute première fois qu’il doit affronter un tel public. Les visages des " sisters " sont crispés. Comme tous les groupes présents, les filles le savent sans doute, il y a là, sur la scène du Ccf, un enjeu de taille qui se résume en un mot : prouver, pour les uns, confirmer pour les autres. Après dix minutes d’une prestation au terme de laquelle le public a donné de la voix à l’unisson, Alif pouvait pousser un " ouf ! " de soulagement. La formation a vraisemblablement convaincu. A sa suite, se relayeront pas moins d’une douzaine de formations venues du Burkina Faso, du Cameroun, de Gambie, du Sénégal, du Tchad… Dans l’ensemble, les crews ont donné des prestations d’excellentes factures, dans un bel esprit de communion et d’intégration africaine. Le nec plus ultra : l’Américaine Tony Blackman et le Franco-congolais Passi, parrain de l’événement. La veille, au stade Iba Mar Diop avait lui aussi affiché plein pour un spectacle rehaussé par les présences de Myriam Makéba et Eva Marie Colle Seck, ministre de la Santé. L’une et l’autre ont saisi l’occasion pour délivrer des messages de Paix et d’Unité du continent.
Le Sénégal est peut-être, comme se plaisent à le ressasser nos kids, la première puissance rap du continent africain. Mais d’après ce qu’on a vu vendredi à Iba Mar Diop et Samedi au Ccf, les autres pays ne dorment pas. Leurs représentants nous ont proposé des textes à la fois puissants et pertinents, accompagnés d’une musique de qualité. C’est, en définitive " tout à l’honneur de l’Afrique ", comme a eu à le souffler un spectateur.
Hormis quelque excès de zèle de la part de la sécurité, le test de Tat Taf production, Africa-Fête et le Ccf-Dakar a été concluant. Les promoteurs, qui veulent inscrire le festival dans l’annualité, peuvent s’en féliciter.
© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)
COMMENTAIRE DU JOUR (© Sudonline.sn)
"Autorité"
Par Félix Nzalé
Allez demander à un père de famille fatigué, happé par les contingences et les conjonctures de toutes sortes, ce qu’est l’autorité. Il tentera de théoriser, mais il y a longtemps que, en pratique aussi bien qu’en théorie même, ils sont nombreux à ne plus être en mesure de savoir ce que l’autorité en question est réellement. De là à affirmer qu’ils sont tout aussi nombreux à avoir abdiqué de leur rôle de parents, il y a un pas que nous nous permettrons de franchir allégrement. Alors, compte tenu de ce que le festival Sénérap international a drainé vendredi et samedi de jeunes venus de tous les horizons s’abreuver des paroles de leurs idoles, on se dit que les rappeurs ont une lourde responsabilité. Qu’ils ont suppléé les parents dans leur rôle et fonction de transmission des fondamentaux éducationnels à leurs progénitures. Aujourd’hui, un Malick est plus enclin à écouter un Didier Awadi ou un Xuman que ses propres parents. Les rappeurs sont ceux-là qui exercent maintenant l’autorité sur les consciences des jeunes.
On le sait, dans les domaines de l’instruction des enfants, comme dans l’éducation, l’autorité, au sens le plus large, a toujours été acceptée comme une nécessité naturelle, requise notamment par les besoins naturels - la dépendance de l’enfant - et par une nécessité politique : la continuité d’une civilisation constituée, qui ne peut être assurée que si les nouveaux venus par la naissance sont introduits dans un monde préétabli où ils naissent en étrangers. Simple et élémentaire, cette forme d’autorité a servi de modèle durant une période donnée de l’histoire. Elle présidait aux relations entre adultes et enfants, maîtres et élèves. De nos jours, elle a perdu de sa plausibilité. Pourquoi ? Psychologues et sociologues devraient nous aider à mieux comprendre dans le fond. En attendant, nous demanderons aux rappeurs d’être eux-mêmes irréprochables. La confiance perdue des parents repose désormais, entre autres, sur eux. Il y va de l’avenir du Sénégal et de l’Afrique.
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