Festival SENERAP : «Yalad» représentera l'Afrique centrale

Leur genre est le " Rap Soul ", et ils parlent d'amour et de paix. Même si l'engagement pour les causes justes demeure à fleur de peau. Hilaire et Daisson viennent du groupe " Kamykazz " qui avait fait leur notoriété, alors que ces exilés tchadiens étaient établis en Côte d'Ivoire, entre 1993 et 1999. C'est sur les berges de la lagune Ebrié qu'ils avaient concocté leur premier album " Latfakatt" . Après avoir jeté l'ancre, depuis deux ans, au Sénégal, ils viennent de sortir le second, " Lumière " qui préfigure leur maturation et balise le terrain pour une tournée africaine et internationale. Mais en attendant, ils veulent représenter dignement leur région meurtrie, le ventre de l'Afrique, au prochain Festival Sénérap qui est organisé conjointement par Taf-Taf Production, Africa Fête et le Centre Culturel Français de Dakar. " Nous sommes les seuls rappeurs venant d'Afrique centrale, parce que, bien que Congolais, Passy est établi en France ", précise Hilaire qui a plus de chat que son compagnon Daisson, une vraie boule de concentration.

La sélection s'est faite aussitôt après leur concert au CCF suivi de la célébration de leur anniversaire, le 28 février, au Centre culturel de Sacré-Coeur. Les organisateurs de Sénérap, Awadi et Teixera ont donc pris contact avec eux et ils ont accepté de participer. Ils vont apporter leur pierre à la première manifestation hip-hop internationale inscrite au calendrier culturel sénégalais. "Vous savez que certains nous considèrent comme l'un des premiers groupes de Rap au Sénégal. Ce qui est beaucoup, dans la mesure est Dakar est la 3e capitale du Rap mondial ", ajoute Hilaire avec une pointe de fierté dans la voix. De plus, " Yalad " veut donner une autre image du Tchad que celle qu'on a partout galvaudée. C'est pourquoi le duo qui chante en Arabe, anglais, français et en langues nationales " soumraï " et " ngambaï ", veut aller à la conquête d'un public de plus en plus acquis à ses mélodies. Avec des chansons qu'ils écrivent eux-mêmes, en puisant à leurs sources authentiquement africaines, Hilaire et Daisson mêlent parfois des sonorités orientales et jazzy pour un cocktail musical par lequel ils entendent aussi se distinguer. Ils sont fiers de parler du titre " Pour la cause " chantée en duo avec Didier Awadi du PBS. Il s'agit, bien sûr, de la cause du mouvement Rap. Car pour Hilaire, parler de la fin du Rap est une aberration. A travers le " Regard du vieillard ", n'a-t-il pas voulu mettre un pont entre sa génération et celles de son grand-père qui l'a inspiré ?Alors que " le Coeur et l'âme " est une version personnelle du thème universel de l'amour avec un grand A.

Chevillés à l'actualité, comme le sont nombre d'exilés, Hilaire et Daisson reviennent à travers " Apocalypse " au thème des armes de destruction massive et de la guerre de la fin du monde que prédisent les religions. " Dieu est d'ailleurs partout présent dans leur réflexion. Autant de préoccupations qui semblent les éloigner du langage virulent d'une catégorie de rappeurs. Ils n'en sont pas moins engagés, estimant simplement que " le message peut aussi être écouté et dansé, si on le dissimule derrière des métaphores ". Mais il faut dire que derrière l'actuel " Yalad ", il y a toute l'expérience de " Kamykazz ", un orchestre de 5 musiciens qui avait été le premier ambassadeur du rap Tchadien à l'étranger. Le duo est donc revenu, comme qui dirait, à sa plus simple expression. " D'abord parce qu'une telle structure, c'est trop lourd pour les déplacements ". Et comme ils veulent aller à la conquête des marchés internationaux, ils n'ont pas hésité. Ce sera donc Sénérap les 14 et 15 mars. Puis ce sera une tournée au Mali, au Burkina et au Niger à partir du 17 février. Avant qu'ils n'aillent à l'abordage du vaisseau Européen. C'est prévu pour l'été prochain. Dire que " Yalad " signifie en arabe " l'Enfant " !

© Le Soleil (www.lesoleil.sn)

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