Senerap international: un festival pour bâtir l'unité africaine

Taf Taf Productions, la structure de production de Didier Awadi, le Centre culturel français de Dakar (Ccf) et Africa fête organisent le premier Festival de rap sénégalais intitulé Sénérap International, parrainé par le rappeur franco-congolais Passi. Il est prévu les vendredi 14 et samedi 15 mars prochain au Ccf et au stade Iba Mar Diop de Dakar.

L'objectif de ce festival, tel que décliné par Didier Awadi, l'un des co-initiateurs est d'une part, de "réconcilier le public dakarois avec le rap" et, de l'autre, de "confirmer le troisième rang qu'occupe le Sénégal sur la scène Hip-Hop mondial, après les Etats-unis et la France". Cela dit, à l'heure où se construit l'Union africaine, le mouvement Hip-Hop ne voudrait pas être en reste. Il se veut le trait d'union entre l'Afrique et la diaspora.

Ainsi, le temps du festival, plusieurs jeunes "rimeurs à gages" africains se relayeront au micro pour partager et faire accepter leurs idéaux et "développer concrètement les axes de coopération Nord-Sud et Sud-Sud". Outre les ténors du rap sénégalais tels que Positive Black Soul (Pbs), Bidew Bou Bess, Daara J, Pee Froiss, Wa Bmg 44, Pacotille, etc. Il y aura également plusieurs groupes de rap venus d'Afrique. Entre autres, Tata Pound (Mali), Ardiess (Bénin), Yelen (Burkina Faso), Dance Hall Masters (Gambie), Yalad (Tchad), Negrissim (Cameroun). Des explications de ses promoteurs, on retiendra que ce festival s'inscrit sous le signe de la Relance et de la Maturité. En effet, euphorique à ses débuts dans les années 90, le mouvement rap sénégalais s'était quelque peu assoupi par la suite. Un assoupissement qui a valeur de repli stratégique, lié certainement au fait que la plupart de ses acteurs avaient conscience de rapper finalement dans l'abstrait et que le concept rap lui-même indéterminé, leur apparaissait flou.

Importé de manière brute des Usa et " plaqué " tel quel avec ses charges sociale et idéologique, le concept rap n'a jamais fait l'objet d'une re-conceptualisation en fonction des valeurs et de la sociologie endogènes. Si bien que le rejet, notamment par les générations plus ou moins anciennes, a été massif et radical. Pour beaucoup, l'aire hip-hop sénégalaise apparaissait comme le cloaque où se déversent les aspects négatifs de la culture des autres.

Ce sentiment a été renforcé par les acteurs du mouvement eux-mêmes avec leur guerre de tendances ou courants idéologiques qui avaient fini de se dessiner. Une cacophonie dramatique, accentuée par des règlements de compte armés. On se rappelle ainsi que le " possee " Yat Fu avait, à l'époque, été la cible d'autres " kids " d'autres " crews " de la place ; qu'au sortir d'une boîte de nuit, le rappeur Mc lida avait poignardé un ami pour une affaire de "meuf" ; sans compter les attaques verbales par radios interposées. Bref, qu'il soit social, politique, religieux ou autre, le rap de chez nous a généralement manqué d'intelligence dans les textes à un moment donné. Même si on notait ici et là des efforts de revendications positives et des propos élévateurs de la conscience, il reste qu'à l'image du ganstar rap américain, la guéguerre absurde jetait de plus en plus l'opprobre sur le mouvement Hip-Hop " made in Sénégal ".

Les choses sont peu ou prou rentrées dans la normale aujourd'hui. Les kids semblent avoir compris en fin de compte que les Sénégalais avaient besoin de discours qui, selon les termes de Didier Awadi, "s'inscrivent dans les règles et les convenances sociales", au lieu de s'égarer dans les sentiers de l'invective et des règlements des comptes.

On note ainsi un retour à l'objet et à l'objectif premier du rap : dénoncer les tares de sa société et participer à la formation d'une conscience citoyenne responsable. Le festival voudrait répondre à cette nécessité et en faire un rendez-vous annuel.

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

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